Contexte
Après une dizaine d’années d'exploration, en quête de nouveaux et épanouissants modes de vie, l'une des ambitions du Low-tech Lab est de proposer un autre scénario du futur où la low-tech est vecteur d’émancipation, de convivialité et d’épanouissement. En ce sens, le projet Biosphère se veut être un démonstrateur d’une vie future, spécifique à un contexte bien précis et abritant un écosystème vivant produisant suffisamment de nourriture, d'eau et d'énergie pour subvenir aux besoins identifiés sur une période de 4 mois. Au-delà d’un habitat, cette expérimentation explore, à travers un scénario fictif, une alternative enthousiasmante, guidée par une réflexion sur les besoins dans un contexte de raréfaction des ressources.
La Biosphère expérimentée en Thaïlande par Corentin de Chatelperron était une première étape sur laquelle ils se sont basés pour dimensionner la nouvelle base de vie adaptée, cette fois-ci, au milieu aride. Installée dans un désert de Basse Californie au Mexique, la "Biosphère, capsule en milieu aride" de 60m² produit suffisamment de protéines, de vitamines et de minéraux pour faire vivre deux humains, avec moins d’un euro d’intrants par jour. Sous cette chrysalide faite de bois et de tissu bio-sourcé, l'élevage de mouches soldats noires et de grillons, la culture de spiruline et de champignons et le système d’hyroponie partagent l’espace avec des solutions pour désaliniser l’eau ou chauffer les aliments à l’aide de l’énergie solaire ou musculaire.
Pour cette nouvelle étape, nous avons cherché à dissocier l’image archaïque parfois associée aux low-tech en travaillant sur la désirabilité et le design pour créer l’imaginaire d’un futur low-tech souhaitable dans un contexte de grande sécheresse. Pendant 3 mois nous avons conçu, prototypé puis fabriqué chaque système low-tech pour qu'ils s’adaptent à cet environnement particulier, en utlilisant un maximum de matériaux biosourcés disponibles dans l'atelier de l'association. En Septembre, Corentin de Chatelperron et Caroline Pultz ont rejoint le Mexique à bord d'un voilier en n'emportant que du textile. Ils ont alors répliqué tous les systèmes low-tech, en ramplaçant certains matériaux par des alternatives locales biosourcées et accessibles financièrement. Pour faciliter la fabrication une fois sur place chaque système low-tech a fait l'objet d'un plan détaillé.
Un rapport d'expérimentation, présentant le projet, les besoins de l'habitat, le dimensionnement des différents systèmes low-tech et les résultats de l'expérience, est actuellement en cours d'écriture. Une fois publié, le lien du document open source sera rajouté au tutoriel
Démarche
Avant de débuter le dimmensionnement d'un système, il est important de questionner ses besoins et d'identifier des moyens peu impactants pour les satisfaire. L'accès à l'eau douce est crucial pour assurer le bon développement de l'écosystème : les plantes, les champignons, les grillons, les mouches soldats noires et les personnes vivants dans l'habitat. Les besoins journaliers en eau sont évalués en se basant sur les résultats de l’expérimentation de Biosphère en Thaïlande :
- bioponie : 24 L
- spiruline : 8 L
- eau potable pour 2 humains : 4 L
- champingon, grillons, mouches soldats noires : 4 L
Au total, nous devons récolter au minimum 40 L d'eau douce par jour.
Au vu du contexte aride du lieu d'expérimentation, nous ne pouvons pas compter sur la récolte d’eau de pluie. Ainsi, le moyen qui nous a paru le plus efficace est la dessalinisation d’eau de mer en utilisant la source d’énergie qui sera la plus abondante : le soleil.
Conception du dessalinisateur
La boite est consituée d'un cadre avec pour fond une plaque sur laquelle est positionnée un tissu imprégné d'eau salée. Sur le dessus, la boite est fermée par une vitre. L'alimentation en eau salée est assurée par un goutte à goutte placé en haut du cadre et le trop plein est évacué par le bas. L’intérieur de cette serre chauffe au soleil ce qui va entrainer l'évaporation de l'eau, puis sa condensation sur la vitre. L'eau douce va alors ruisseler jusqu'à une gouttière d'évacuation, pour enfin être récupérée dans un bocal.
La conception de ce dessalinisateur s'est inspirée des conclusions d'étude de Cyril Grandpierre qui a prototypé plusieurs modèles de dessalinisateur solaire. De même, nous nous sommes appuyés sur la thèse d'Augustin Pinet qu'il a réalisé sur ce sujet en collaboration avec le Low-tech Lab. Notre objectif était d'arriver à un système performant tout en utilisant un maximum de matériaux biosourcés et disponibles dans l'atelier de l'association.
Le dessalinisateur que nous avons fabriqué à Concarneau nous permet de récolter environ 4L d'eau douce sur une surface de 100x120cm par une journée bien ensoleillée. Ce prototype sera répliqué au Mexique par Corentin de Chatelperron et Caroline Pultz.
Étape 11 - Fabrication au Mexique & Retours d'expérience
Fabrication
Si un maximum de matériaux a été trouvé au Mexique, le liège utilisé pour l'isolation a été remplacé par une alternative locale : la paille. Comme les délais de livraisons ont été relativement long, cette dernière a été rajouté quelques semaines après la fabrication des premiers dessalinisateurs et a permis d'augmenter considérablement le rendement.
Retours d'expérience
Pour satisfaire les besoins en eau, 5 dessalinisateurs de 3 mètres de long ont été fabriqués, permettant de récolter 40L d'eau douce par beau temps et 20L par temps nuageux.
Pour arriver à ces performances, une maintenance quotidienne a été nécessaire pour s'assurer du bon fonctionnement de chacun des dessalinisateurs. La routine, d'environ 30 minutes, consistait à :
- nettoyer les algues ayant proliférées sur la corde de chanvre
- nettoyer les saletés des vitres déposées par les embruns et le vent
- régler le débit d'eau selon la météo : l'augmenter par beau temps et le diminuer si nuageux
- récupérer puis préfilrer l'eau des 5 bidons d'eau douce dans une cuve de stockage de la Biosphère
- minéraliser une partie de l'eau via le filtre céramique.
L'accumulation de sel sur le textile noir avait tendance a réduire les performances du système et favoriser la contamination de l'eau douce sur la vitre. De fait, le dépôt de sel était récupéré une fois par semaine pour assurer le bon fonctionnement des dessalinisateurs.
Si globalement les dessalinisateurs ont permis de subvenir aux besoins en eau, ces 4 mois d'expérimentation ont permis de déceler quelques dysfonctionnements qui nous ont amené à réfléchir à des pistes d'amélioration (non testées) :
- privilégier des cornières profilées en U pour éviter que les insectes viennent s'abreuver. L'ombre créée par ce profilée permettra aussi d'empêcher le développement d'algue
- réaliser une autre structure en bois pour mieux fixer la tôle et éviter qu'elle ne gondole sous l'effet du soleil
- derrière la vitre, placer un joint qui appuie contre le goutte à goutte pour le maintenir bien en place
- réaliser un système d'irrigation acheminant l'eau douce directement jusqu'à la Biosphère
- réaliser une nouvelle teinture noire du textile au bout d'un mois d'utilisation
Document rédigé par Emma Bousquet-Pasturel dans le cadre du projet expérimental "Biosphère, capsule en milieu aride" du Low-tech Lab.